Accueil Méthodologie Profils d'apprentissage De 9 à 19 en maths...

De 9 à 19 en maths...

Nous avons reçu un témoignage intéressant.

Un garçon  ayant commencé sa terminale en section ES, avec des notes en maths allant de 9 à 11 et qui a décroché il y a quelques années un 19 à son bac.

 

L’examen de son livret scolaire montrant effectivement une progression mais qui plafonnait au troisième trimestre habituellement à 16/20 comme pour le deuxième élève de la classe ayant décroché un 19 au bac. Classique et significatif d’un professeur qui sous note  parce qu’il souhaite donner un haut niveau d’excellence à ses élèves.

Nous avons cherché à savoir comment cet élève  qui était décrit comme moyen comme moyen a réussi à bouleverser les pronostics.

Les échanges avec lui ont apporté plusieurs éclaircissements et nous vous livrons ce qu’il en est ressorti.

Le professeur : Il était bon évidemment et plusieurs traits avaient marqués son élève. D’abord il était exigeant et intraitable. Par exemple si le signe « égal » était mal placé par rapport au trait de la fraction, il enlevait un point.

De même, il refusait de donner les points s’il manquait tout ou partie de la démonstration.

Ce professeur était tout sauf drôle, du style à esquisser un sourire quand il se coupait en se rasant mais il avait expliqué à sa classe comment il voulait qu’elle travaille et ce n’était pas négociable.

Sa méthode : Il demandait aux élèves de savoir refaire les exercices corrigés en classe.

Il demandait de les refaire sans recourir à la correction qui avait été donnée et, dans un deuxième temps, si nécessaire et seulement après avoir fourni un effort significatif, de s’aider du corrigé.

Enfin, il demandait de se remettre à l’ouvrage en refaisant des exercices du même type, jusqu’à ce que l’exercice soit parfaitement maîtrisé.

Cet élève qui traînait des appréciations peu flatteuses, qui était décrit à juste titre comme indiscipliné et rebelle, s’est trouvé bien de cette rigueur (l’a-t-elle rassurée ?) et s’est mis à travailler sérieusement ses maths.

Donc premier enseignement, cet élève, appelons-le Jean  a travaillé, beaucoup, sérieusement et régulièrement.

Que travailler ? A la question de savoir ce qu’il avait travaillé en premier, il a répondu : les définitions, les théorèmes et « tout le bazar ».

Il avait compris que sans l’effort nécessaire pour acquérir ces connaissances indispensables, il ne serait arrivé à rien. Cela voulait-il dire que le programme des années précédentes était bien maîtrisé et qu’il n’y avait pas de trous ?

Les années précédentes, le niveau était moyen-plus ce qui signifie qu’il pouvait y avoir des lacunes. Mais en début d’année, le professeur avait fait une grande révision du programme.

Un profil qui oublie tout : Une révision c’est précieux et bénéfiques pour tout le monde mais encore plus spécialement pour les kinesthésiques.

En discutant et en observant l’oiseau, des petits signes étaient significatifs. Par exemple, il avait cet aveu en forme de confession déchirante « que d’une année sur l’autre, il oubliait tout ». C’était comme s’il devait repartir à zéro. Il s’en voulait plus ou moins consciemment, s’en faisant souvent le reproche et croyant qu’il en était responsable. Il avait fini par se convaincre et réaliser que c’était un défaut de méthode qu’il ne savait pas s’y prendre.

En fait, personne ne lui avait dit que c’était un trait caractéristique des kinesthésiques (en effet, tous les profils pédagogiques ont leur limites) et qu’il ne fallait surtout pas s’en vouloir mais plutôt s’organiser en conséquence.

Comment ? En faisant ce que son professeur de seconde avait conseillé à ses élèves : « Faites vous un aide mémoire, notez sur un carnet  toutes les choses qui vous paraissent importantes à connaître et dont il vous faudra toujours vous souvenir. Enrichissez-le d’année en année. Ainsi quant il faudra vous rafraîchir la mémoire, voir réapprendre, vous pourrez le faire beaucoup plus vite ».

En recourant à cette méthode, on sait où aller et ce qu’il faut trouver !

Des petits signaux confirmaient le profil pédagogique de Jean, par exemple sa façon qu’il avait de se triturer quelques cheveux sur ses tempes  quand il réfléchissait intensément (en les faisant tourner entre l’index et le pouce). La suite lui a montré que le fait d’être un kinesthésique n’empêchait pas d’être brillant  pour peu que l’on sache s’adapter.

Confiance et ténacité. Donc, pour résumer, un bon professeur ; un profil kinesthésique ; un garçon qui se met au travail sérieusement (sans que l’on sache vraiment pourquoi). Quoi encore ? Jean, avantage et inconvénient à la fois, avait un père ayant mené de très brillantes études, bac à 15 ans, grande école d’ingénieur. Avantage car il recevait ainsi des conseils précieux auxquels il accordait beaucoup de prix, car ils venaient de son père ; inconvénient car il ne pouvait s’empêcher de faire des comparaisons entre ce qu’avaient été les études paternelles et les siennes. Ce qui n’a pas été destructeur car son père, lui a toujours renvoyé une image positive de lui-même. Même s’il ne cachait jamais son insatisfaction des résultats quand ils étaient médiocres ou mauvais, malgré tout il voyait toujours son fils non pour les notes qu’il avait mais pour ce qu’il était convaincu qu’il pouvait avoir. Moyennant quoi, Jean conservait une bonne image de lui-même. Concrètement, en maths, cela se traduisait de la façon suivante ; quand il devait résoudre un problème, quand il devait faire un exercice, quelle que soit la difficulté il était convaincu qu’il y avait une solution. Peut-être difficile à trouver quelques fois, mais il y avait une solution. Avec ça et de la ténacité il avait deux atouts précieux pour avancer. Quand je lui ai demandé d’où venait cette ténacité, cette force qu’il avait de vouloir lâcher le morceau qu’une fois la solution trouvée, sur le coup il ne comprenait pas la question. Il était convaincu que tout le monde était fait comme lui et possédait ce trait de caractère. Après discussion, et quelques jours de réflexions, il m’a expliqué, qu’un jour en forêt, comme ils étaient ensemble à chercher des champignons, ils s’étaient arrêtés quelques instants pour manger un bout de saucisson, et qu’en repartant ils ne trouvaient plus l’opinel sans doutes tombé dans les feuilles, nombreuses de  l’automne bien avancé. Ils se mirent à chercher. Rapidement, Jean, commença à décrocher, impossible, trop de feuilles, et puis on ne savait pas exactement où le couteau était tombé ; et puis ce n’était pas amusant, c’était même sérieusement ennuyeux. Et puis surtout, on n’était pas sûr du tout de trouver, alors à quoi bon ? Donc il cherchait, parce qu’il n’avait pas vraiment le choix, mais sans conviction. Son père pas du tout. Lui, il cherchait, ne faisait pas semblant. Il voulait trouver. Et même plus, il n’était pas question qu’il ne trouve pas. On avait ratissé toute la zone où on était susceptible d’avoir fait tomber le couteau ? On recommençait, c’est que l’on avait mal cherché. On n’avait toujours pas trouvé ? C’est que l’on n’avait pas pensé qu’il avait pu tombé à tel autre endroit. Alors on réfléchissait. Et une fois de plus, les questions étaient posées : « Où étions nous quand nous avons sorti le couteau ? Qu’avons nous fait quand nous l’avons utilisé ? Nous sommes nous déplacés avec ? etc. Et ça jusqu’à ce qu’on le trouve. Jean avait vécu plusieurs histoires de ce type avec son père. S’ils n’avaient pas toujours réussi, manifestement ça l’avait suffisamment marqué pour que quand un problème se posait à lui il ne lâchait prise que lorsqu’il avait la solution.

Précision. En discutant  d’un de ses hobbys avec Jean, je me suis rendu compte qu’il avait aussi beaucoup appris en jouant. Jean était fanatique de moto. C’était sa vie ! Son père s’était servi de ce levier pour lui faire construire à partir de 12 ans des maquettes. Ainsi, il passait des heures, parfois des nuits à construire ces motos. Très profitable ! En effet, c’est un apprentissage incomparable pour apprendre à suivre une consigne et discipliner par exemple un garçon qui veut aller trop vite et qui se laisse dominer par son impatience. Si vous ne respectez pas les étapes, si vous ne suivez pas scrupuleusement la notice, si vous ne comprenez pas précisément le travail à faire, vous courrez le risque de tout devoir refaire ! Manifestement, Jean avait appris à pratiquer les gestes mentaux de l’attention, de la compréhension et de la réflexion en montant sa collection de belles maquettes. Il avait aussi pu apprendre à commencer, à poursuivre et à aller jusqu’au bout.

Ultime précision : il possédait aussi ce capital si précieux, qui explique tant de réussites il voulait élever son niveau de fonctionnement.

 

Bertrand VERNY

 

Pour aller plus loin :


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