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Qui a perdu la Russie

 


extraits de La Grande Désillusion Joseph Stiglitz 2002 Fayard 408 p, Edition Livre de poche N° 15538

Qui a perdu la Russie ?  Les 3 piliers de la réforme du FMI.     Page 233

La libéralisation et la stabilisation étaient deux des trois piliers de la stratégie de réforme radicale du FMI. Le troisième était la privatisation rapide, mais les deux premiers lui ont fait obstacle. La terrible inflation initiale avait englouti l'épargne de la plupart des Russes : ils n'étaient donc plus assez nombreux à disposer de l'argent nécessaire pour acheter les entreprises qu'on privatisait. Et même s'ils pouvaient les acheter, ils auraient bien du mal à les revitaliser, étant donné le niveau des taux d'intérêt et l'absence d'institutions financières capables d'avancer des capitaux.

La privatisation devait être la première étape du processus de restructuration de l'économie. Il fallait changer non seulement la propriété des entreprises mais aussi leur direction, et il fallait réorienter la production. Les firmes ne produiraient plus ce qu'on leur dirait de produire, mais ce que voudraient les consom­mateurs. Cette restructuration exigerait, bien sûr, de nouveaux investissements et, dans bien des cas, des réductions de personnel. Celles-ci, évidemment, ne contribuent à l'efficacité globale que si les travailleurs concernés passent d'emplois peu productifs à d'autres qui le sont beaucoup plus. Malheureusement, on a vu trop rarement ce type de restructuration positive, en partie parce que la stratégie du FMI lui a créé des obs­tacles presque insurmontables.

Cette stratégie a échoué. Le PIB russe n'a cessé de chuter d'année en année. On avait prévu une courte récession de transition, elle a duré dix ans ou plus. Le fond ne semblait jamais en vue. La dévastation — le recul du PIB — a été supérieure à celle que la Russie avait subie pendant la Seconde Guerre mondiale. De 1940 à 1946, la production industrielle de l'Union soviétique avait diminué de 24 %. De 1990 à 1999, la production industrielle russe est tombée de près de 60 % — plus encore que le PIB (54 %). Les bons

En Russie un développement injuste : page 248

Si la taille du gâteau économique national diminuait comme peau de chagrin, il était divisé toujours plus inéquitablement, si bien que le Russe moyen en rece­vait une tranche toujours plus fine. En 1989, seuls 2 % des habitants de la Russie vivaient dans la pauvreté. Fin 1998, ce pourcentage était monté en flèche jusqu'à 23,8 %, si l'on prend comme seuil 2 dollars par jour. Plus de 40 % de la population du pays vivaient avec moins de 4 dollars par jour, suivant une étude de la Banque mondiale. Les statistiques sur les enfants révélaient un problème encore plus grave. Plus de la moi­tié vivaient dans des familles pauvres. D'autres pays postcommunistes avaient connu des augmentations de la pauvreté comparables, voire pires10.

Peu après mon arrivée à la Banque mondiale, j'ai commencé à examiner de plus près ce qui se passait et les stratégies qu'on mettait en œuvre. Lorsque j'ai exprimé mes inquiétudes à ce sujet, un économiste de la Banque qui avait joué un rôle essentiel dans les pri­vatisations me répondit avec emportement. Il cita les embouteillages aux sorties de Moscou les week-ends d'été, où l'on voyait tant de Mercedes, et les magasins regorgeant de produits de luxe importés. Quel contraste avec les établissements de vente au détail de l'ancien régime, vides et ternes ! Je ne contestais pas que le nombre d'individus qui avaient fait fortune fût assez important pour provoquer un embouteillage, ou pour créer une demande de chaussures Gucci et d'autres articles de luxe importés qui suffisait à faire prospérer certains magasins. Dans beaucoup de villégiatures européennes, les Russes riches ont remplacé les Arabes d'il y a vingt ans. Même le nom des rues, parfois, y est écrit en russe, en plus de la langue nationale. Mais un embouteillage de Mercedes dans un pays où le revenu par tête est de 4730 dollars (comme en Russie en 1997) est un symptôme de maladie et non un signe de santé. Il révèle que la richesse est concentrée aux mains d'une petite élite au lieu d'être répartie également.

Si la transition a considérablement augmenté le nombre de pauvres et fait la fortune d'un tout petit nombre, elle a ravagé les classes moyennes russes. L'inflation a d'emblée aspiré l'ensemble de leur maigre épargne. Comme leurs salaires ne progres­saient pas au même rythme que les prix, leur revenu réel a chuté. Les réductions des dépenses d'éducation et de santé ont dégradé plus encore leur niveau de vie. Ceux qui. l'ont pu ont émigré. (Certains pays, comme la Bulgarie, ont perdu 10 % ou plus de leur population — et un pourcentage encore plus important de leur population active instruite.) Les brillants étudiants que j'ai rencontrés en Russie et dans d'autres pays de l'ex-Union soviétique travaillent dur, mais n'ont qu'une idée en tête : émigrer à l'Ouest. Ces pertes ne sont pas seulement graves par leurs effets immédiats sur la population russe, mais aussi par ce qu'elles laissent présager pour l'avenir. Historiquement, les classes moyennes ont joué un rôle essentiel dans la création d'une société fondée sur l'état de droit et sur les valeurs démocratiques.

L'ampleur de la montée de l'inégalité comme l'ampleur et la durée du déclin économique ont beau­coup surpris. Les experts s'attendaient certes à une certaine hausse de l'inégalité, du moins de l'inégalité mesurée. Sous l'ancien régime, les revenus étaient maintenus au même niveau par suppression des différences de salaires. Le système communiste, s'il ne permettait pas une vie facile, évitait les extrêmes de la pauvreté, et conservait une relative égalité des niveaux

Le scandale de la privatisation par les prêts en Russie Page 258

Le scandale de la « privatisation par les prêts » a été le bouquet final de l'enrichissement des oligarques, le petit groupe d'individus (dont certains, du moins le dit-on, devaient en partie leurs débuts à des relations mafieuses) qui est parvenu à dominer non seulement l'économie mais aussi la vie politique de la Russie. À un moment, ils affirmaient contrôler 50 % de la richesse du pays ! Les défenseurs des oligarques les ont comparés aux robber barons des États-Unis, les Harriman et les Rockefeller. Mais il y a une grande différence entre les activités des « barons voleurs » du capitalisme américain du xixe siècle, même ceux qui se sont taillé leurs baronnies dans les chemins de fer et les mines du Wild West, et la mise en coupe réglée de la Russie par ses oligarques, qui en ont fait un Wild East. Les robber barons des Etats-Unis ont créé des richesses en faisant fortune. Ils ont laissé un pays beaucoup plus prospère, un «gâteau plus gros», même s'ils s'en sont réservé une belle tranche. Les oligarques russes, en se rendant coupables du pillage des entreprises, ont considérablement appauvri leur pays. Les firmes ont été laissées au bord de la faillite et les comptes bancaires des oligarques se sont rem­plis.

Le contexte social.

Les hauts responsables qui ont appliqué les poli­tiques du consensus de Washington n'ont pas pris en compte le contexte social des économies de transition. Ce qui a vraiment posé problème, étant donné ce qui s'était passé pendant les années du communisme.

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Mis à jour (Vendredi, 23 Juillet 2010 18:30)

 
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