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FMI et BM : Le bouleversement des années Reagan-Thatcher

FMI et BM : Le bouleversement des années Reagan-Thatcher

Le bouleversement le plus spectaculaire dans ces organismes internationaux a eu lieu au cours des années quatre-vingt, quand Ronald Reagan et Margaret Thatcher prêchaient l'idéologie du libre marché aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Le FMI et la Banque mondiale sont alors devenus les nouvelles ins­titutions missionnaires chargées d'imposer ces idées aux pays pauvres réticents, mais qui avaient souvent le plus grand besoin de leurs prêts et de leurs dons. Pour obtenir des fonds, leurs ministres des Finances étaient prêts à se convertir s'il le fallait, même si l'immense majorité des gouvernants de ces pays et — plus important — de leurs populations restait souvent scep­tique. Dans les années quatre-vingt, une purge a eu lieu à la Banque mondiale au sein de son département de la recherche, qui guidait sa pensée et son orienta­tion. Mollis Chenery, l'un des économistes du développement les plus éminents des États-Unis, profes­seur à Harvard, à qui l'on devait des contributions fondamentales sur la recherche en économie du déve­loppement ainsi que dans d'autres domaines, avait été le conseiller et le confident de Robert McNamara. Celui-ci avait été nommé président de la Banque mondiale en 1968. Touché par la pauvreté qu'il constatait j dans tout le tiers monde, il avait réorienté la politique de la Banque de manière à ce qu'elle œuvre à son élimination, et Chenery avait rassemblé un groupe d'économistes de premier ordre, venus du monde l'entier, pour travailler avec lui. Mais, avec le changement de la garde, un nouveau président arriva en 1981, William Clausen, et une nouvelle économiste en chef, Ann Krueger, spécialiste du commerce international et surtout connue pour ses travaux sur la « recherche de rentes » — l'utilisation des droits de douane et autres mesures protectionnistes par des intérêts particuliers pour augmenter leurs revenus aux  dépens des autres. Tandis que Chenery et son équipe s'étaient concentrés sur les insuffisances des marchés dans les pays en développement, cherchant ce que l'État pouvait faire pour les améliorer et réduire la pauvreté, Ann Krueger considérait que l'État était le problème. La solution aux difficultés des pays en développement, c'était le libre marché. Dans ce nouveau climat de ferveur idéologique, beaucoup des économistes de première grandeur qu'avait réunis Chenery sont partis.

Si les missions des deux institutions sont restées distinctes, c'est à cette époque que leurs activités ont commencé à s'entremêler de plus en plus.

La Grande Désillusion  p : 43.Joseph Stiglitz 2002 Fayard 408 p, Edition Livre de poche N° 15538

 

 
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