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La mondialisation au détriment des PED

Les adversaires de la mondialisation accusent les pays occidentaux d'hypocrisie. Et ils ont raison. Les États d'Occident ont poussé les pays pauvres à démanteler leurs barrières douanières, mais ils ont conservé les leurs, empêchant ainsi les pays en développement d'exporter leurs produits agricoles et les privant d'un revenu à l'exportation dont ils avaient désespérément besoin. Les États-Unis, bien sûr, ont été l'un des grands coupables, et c'est une question qui me tient à cœur. Quand j'étais président du Council of Economie Advisers, j'ai lutté avec acharnement contre cette hypocrisie. Non seulement elle nuit aux pays en développement, mais elle coûte des milliards de dollars aux Américains, à la fois comme consommateurs, qui paient le prix fort, et comme contribuables, qui financent les énormes subventions. Trop souvent, mes combats, ont été vains. Des intérêts commerciaux et financiers particuliers l'ont emporté — et, quand je suis passé à la Banque mondiale, je n'en ai vu que trop clairement les conséquences pour les pays en développement.

Mais, en dehors même de Cette hypocrisie, l'Occident a organisé la mise en place de la mondiali­sation de façon à recevoir une part disproportionnée de ses bénéfices, aux dépens du monde en développe­ment. Pas seulement parce que les pays industriels avancés n'ont pas voulu ouvrir leurs marchés aux pro­duits des pays pauvres — par exemple en maintenant leurs quotas sur une multitude de produits, des textiles au sucre — tout en insistant pour que ces derniers ouvrent leurs marchés aux produits du monde riche. Pas seulement parce qu'ils ont continué à subvention­ner leur agriculture, ce qui rend bien difficile aux pays en développement de la concurrencer, tout en exigeant que ceux-ci suppriment leurs subventions aux produits industriels. Si l'on observe, après le dernier accord commercial de 1995 (le huitième), ce que sont deve­nus les « termes de l'échange » — les prix que les pays développés et moins développés obtiennent res­pectivement pour ce qu'ils produisent —, on constate que son effet net a été de réduire les prix des produits de certains des pays les plus pauvres du monde par rapport à ceux qu'ils doivent payer pour leurs importa­tions3. L'accord a donc aggravé leur situation.

Les banques occidentales ont tiré profit de l'assou­plissement du contrôle sur les marchés des capitaux en Amérique latine et en Asie, mais ces régions ont souf­fert quand les capitaux spéculatifs qui y avaient afflué s'en sont brusquement retirés. (Il s'agit de flux d'argent qui entrent et sortent d'un pays, souvent du jour au lendemain, sans autre raison que de parier sur l'appréciation ou la dépréciation de sa devise.) Ce reflux brutal a laissé derrière lui des devises effon­drées et des systèmes bancaires très affaiblis. L'Uru­guay Round a aussi renforcé les droits de propriété intellectuelle : les firmes pharmaceutiques américaines — et plus généralement occidentales — pouvaient désormais empêcher celles de l'Inde et du Brésil de leur « voler » leurs brevets. Mais les médicaments sauvaient des vies, et les sociétés pharmaceutiques des pays en développement les vendaient à leurs habitants bien au-dessous du prix qu'en exigeaient les firmes occidentales. Les décisions prises dans le cadre de l'Uruguay Round étaient donc à double portée.

La Grande Désillusion  p : 34.Joseph Stiglitz 2002 Fayard 408 p, Edition Livre de poche N° 15538

 
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