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Prozac : les effets secondaires occultés

MÉDICAMENTS «Le Figaro» s'est procuré des documents internes du fabricant, confirmant les révélations du «British Medical Journal»

 

 

Selon le docteur Richard Kapit, qui a analysé le dossier du Prozac pour la FDA, «l'action antidépressive du Prozac chez les patients hospitalisés dépressifs n'a pas été démontrée».

Le Figaro s'est procuré des documents internes de la firme pharmaceutique Eli Lilly qui confirment les révélations du British Medical Journal, le 1er janvier 2005, sur la connaissance d'effets secondaires par la firme avant les années 90, relatives à leur médicament vedette, le Prozac. L'administration américaine chargée du contrôle des médicaments, la Food and Drug Administration (FDA) a accepté de réexaminer le dossier de la molécule qui est déjà dans le domaine public, donc «génériquable».

Jean-Michel Bader
[04 janvier 2005]

L'hebdomadaire de référence le British Medical Journal (BMJ) a révélé samedi 1er janvier avoir reçu d'une source anonyme des documents internes de la firme américaine Eli Lilly, fabricant du Prozac, évoquant un lien puissant entre les tentatives de suicide, les passages à l'acte et la prise de cet antidépresseur (nos éditions du 3 janvier 2005). Ces données avaient cruellement manqué lors du procès retentissant que 161 plaignants avaient intenté en 1994 à la firme américaine, en prenant comme exemple emblématique le cas de Joseph Wesbecker. Cet ancien ouvrier imprimeur licencié, traité par Prozac, avait tué huit personnes et blessé onze autres en 1989 avant de se suicider.

Un des documents internes exposés par le BMJ, daté du 8 novembre 1988, consacré aux essais cliniques du Prozac, montrait que 38% des patients sous Prozac avaient une «activation» psychique (excitation mentale), contre 19% seulement pour les patients sous placebo. Agitation, attaques de panique, insomnies et agressivité, autant de phénomènes liés, pour le docteur Joseph Glenmullen (psychiatre à Harvard) à la similarité de l'action de la cocaïne et du Prozac sur la sérotonine (un médiateur cérébral). Le docteur Richard Kapit, qui avait analysé le dossier du Prozac pour la FDA, a déclaré ce week-end n'avoir pas eu, à l'époque, ces documents : «C'était pourtant leur responsabilité de nous les fournir et de les publier.» C'est le même docteur Kapit, signant le 3 octobre 1988 des documents internes de la FDA obtenus par Le Figaro, qui considérait que «l'action antidépressive du Prozac chez les patients hospitalisés dépressifs n'a pas été démontrée» avant de faire approuver malgré tout le produit ! Le nombre de morts associés à l'usage du Prozac, répertoriés au 15 octobre 1987 dans ce même document de la FDA était de 27 (dont 16 suicides et 1 homicide). Nombre de ces données ont largement été évoquées par le journaliste indépendant Guy Hugnet, dans son ouvrage paru en octobre 2004 : Antidépresseurs : la grande intoxication (1).

Eli Lilly a réfuté hier les accusations de dissimulation, assurant avoir «systématiquement fourni aux autorités les résultats de ses essais cliniques et des enquêtes de surveillance».

D'autres documents, que s'est procurés Le Figaro, montrent que, dès le 2 août 1978, les 12 membres du panel scientifique d'Eli Lilly évoquaient déjà, sous la houlette de Ray W. Fuller, chef du projet, le problème des effets secondaires : l'analyse des trois premiers essais cliniques humains de phase 2 du Prozac montre qu'il «y a eu un assez grand nombre de réactions adverses. Celles-ci sont variées et leur relation avec l'utilisation de la fluoxetine (NDLR : Prozac) n'est pas clairement établie».

Le 25 mai 1984, B. V. Keitz, le représentant d'Eli Lilly à Bad Homburg (Allemagne de l'Ouest) dans un mémo aux dirigeants d'Indianapolis (D. et L. Thompson) résumait les conclusions des autorités fédérales allemandes sur le Prozac : «Les études comparatives avec des antidépresseurs de référence et contre placebo ont donné des résultats extrêmement variables. Dans trois études, le Prozac n'a montré aucune efficacité, dans les autres il était aussi efficace.» «La fréquence des effets secondaires était très élevée (plus de 90%) et ils ont eu pour conséquence dans presque toutes les études, des arrêts de traitements» chez les sujets recrutés. Ils concernent «15 à 20% des cas, avec des symptômes du système nerveux central. Beaucoup d'entre eux ressemblant aux symptômes de la maladie sous-jacente (dépression), il faut s'attendre à une intensification et non à une amélioration des symptômes».

L'agence allemande confirme là aussi le risque de suicide sous Prozac (16 tentatives dont 2 réussies en Allemagne) et estime «comme les patients les plus à risque (suicidaires) ont été exclus des études, il est probable que cette proportion élevée puisse être attribuée à une détérioration de l'état clinique (NDLR : dû au Prozac)». Conclusion des autorités sanitaires allemandes : «Considérant les bénéfices et les risques, nous pensons que cette préparation est totalement inappropriée pour le traitement de la dépression.» Un an plus tard, le Prozac était sur le marché américain.

(1)    éditions du Cherche-Midi, 205 pages, 18 €.

Mis à jour (Samedi, 05 Décembre 2009 17:13)

 
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