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Le choix du 'bon' collège : une stratégie familiale

Avant d'inscrire leurs enfants, des parents enquêtent sur les élèves et les professeurs. Certains n'hésitent pas à déménager pour être proches de l'établissement de leur choix.

Entretien avec Agnès Van Zanten. Sociologue, enseigne à Sciences Po et Normale Sup'. A publié Choisir son école. Stratégies familiales et médiations locales. PUF, 304 pages, 24 €.

Pourquoi certains parents choisissent-ils un autre collège que celui de leur quartier ?

La crainte du déclassement social est forte. Le collège le plus proche n'apparaît pas toujours capable d'amener leurs enfants vers un « bon » avenir. Mais la décision de changer peut créer des tensions dans la famille. Doit-on risquer de sacrifier la réussite scolaire de l'enfant ou son bonheur d'évoluer avec ses copains ? Des parents bien intégrés dans leur quartier n'hésitent plus ¯ même s'ils culpabilisent ¯ à viser un autre établissement. Pour contourner la carte scolaire, certains choisissent des classes particulières ou des options spécifiques. D'autres déménagent pour s'installer près du « bon » collège !

Qu'est-ce qui fait la qualité d'un établissement ?

Pour les parents, de plus en plus, c'est sa population scolaire. Les établissements ne sont plus perçus comme capables d'infléchir les inégalités économiques et sociales. Ce sont les collèges publics qui souffrent surtout de cette défiance. Les politiques publiques semblent inefficaces. Des parents estiment que principaux et proviseurs n'ont pas une réelle influence ; que les professeurs transmettent des connaissances, mais pas des valeurs. De plus, les établissements ne communiquent pas assez sur leurs actions.

Les parents ne sont plus attachés aux valeurs du public, comme la laïcité et la mixité sociale ?

Si, mais pour beaucoup, ces notions sont devenues floues. Et la mixité ne se résume pas au fait de mettre des gens ensemble. Dans les collèges publics « défavorisés », les parents craignent que leurs enfants acquièrent de mauvaises habitudes de langage, deviennent irrespectueux. L'enseignement y est aussi jugé trop standardisé.

Pourquoi le privé est-il considéré comme plus attractif ?

Il propose un suivi plus personnalisé, considéré comme adapté aux bons et aux mauvais élèves. Il met en avant des valeurs. Le chef d'établissement et les enseignants sont soudés autour d'un projet. Les parents, y compris ceux des classes populaires, sont très attachés à cette possibilité de passer du public au privé. Certaines familles, opposées par principe au privé, y scolarisent leurs enfants parce qu'elles pensent qu'il sera efficace pour eux.

La carte scolaire a été assouplie il y a deux ans...

Elle n'a pas favorisé la mixité sociale. Et puis, il n'y a pas un nombre infini de bons établissements, les places sont limitées. Ce qui pourrait engendrer davantage d'insatisfaction chez les parents. Dans les quartiers, pour intégrer un autre établissement, priorité est notamment donnée aux élèves boursiers. Mais cela peut aboutir à sortir les bons élèves de ces collèges. Privés de leurs meilleurs éléments, certains vont connaître une spirale de déclin.

Recueilli par Laurence GUILMO.

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