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Le Monde des mafias

Le Monde des mafias

Géopolitique du crime organisé

Jean-François Gayraud,  Odile Jacob  poches juin 2008 447 p

Différents extraits :

4° de couverture :

Qu'est-ce qu'une mafia ? Qu'est-ce qui la différencie d'une simple association criminelle ? Pourquoi sa puissance et son action s'avèrent-elles plus redoutables aujourd'hui ? Que sait-on vraiment de l'histoire récente de la mafia italienne, de la mafia albanaise, des triades chinoises ou des yakuza japonais ? Quels sont désormais les points chauds de leur influence, quels sont leurs objectifs, quelles sont leurs armes nouvelles ? L'un des meilleurs spécialistes français des nouvelles formes de criminalité fait le point.

Une référence pour comprendre à la fois le fonctionnement interne d'une mafia et ses dangers réels aujourd'hui.

« Un étonnant voyage initiatique. » Le Monde.

« Une œuvre majeure. » Revue internationale de criminologie.

Commissaire divisionnaire de la police nationale, Jean-François Gayraud est docteur en droit, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris et de l'Institut de criminologie de Paris.

Page 12 : ONU avertit de la gravité du problème.

Cependant, la prise de conscience de la dangerosité du crime organisé dans le monde chaotique de l'après guerre froide fait len­tement son chemin. Même aux plus rétifs, la réalité criminelle du monde contemporain devient évidente. Les observateurs les plus assoupis réalisent enfin que ni le terrorisme international, ni la prolifération des armes dites de destruction massive ne peuvent ni ne doivent monopoliser la réflexion sur les nouvelles menaces de niveau stratégique. Surtout quand ces menaces sont travesties ou exploitées à des fins partisanes et idéologiques". Mais le réveil est tardif.

L'Organisation des nations unies (ONU) en est la preuve, qui apporte ainsi sa caution en septembre 2007 au rapport annuel State ofThe Future dont le constat est alarmant :

« Le crime organisé continue de croître et n'a pas encore émergé dans l'agenda international comme la pauvreté, l'eau, le développement durable... Le crime organisé sera l'un des problèmes les plus pressants des dix prochaines années, avec le réchauffement climatique, le terrorisme, la corruption et le chômage. C'est un pro­blème global qui doit être traité globalement"*. »

L'Europe, quant à elle, reste aveugle, L'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne, l'agence chargée de la réflexion stratégique au service de la politique étrangère et de sécurité com­mune de l'Union (PESC), propose sa vision du futur dans un ouvrage, Le Monde en 2025****, qui, malgré ses trois cents pages, accomplit l'exploit de ne pas traiter du crime organisé ! Le monde décrit dans ce rapport officiel est tout simplement irréel : un peu comme si un traité d'art équestre omettait de parler de chevaux...

 

Page 88 Mafia albanaise. Elle est rentrée au Kosovo sur les pas de l’OTAN

Mafia albanaise (Albanie, Kosovo, Macédoine)2*

Plus que de mafia albanaise, il est judicieux de parler de mafia albanophone. Les Albanais, mafieux ou non, se répartissent principalement sur quatre territoires, à savoir : l'Albanie, le Kosovo, la Macédoine et la Serbie-Monténégro. La géopolitique aide à comprendre le développement d'une mafia dans les terri­toires albanophones. Par l'histoire et la géographie, les Albanais entretiennent des liens ancestraux et étroits avec la Turquie et l'Italie29, deux pays où le crime organisé a acquis ses lettres de noblesse. L'espace albanophone et ses habitants ont toujours cons­titué un pont entre ces deux pays, en termes de réseaux économi­ques et sociaux. Par ailleurs, les Balkans, donc fatalement l'Albanie et le Kosovo, sont traditionnellement le maillon central de la route de l'héroïne provenant de Turquie et d'Asie. En outre, l'émigration albanaise aux États-Unis et en Europe (Suisse, Alle­magne, Belgique, Suède), largement suscitée dans les années 1980 par la répression communiste, a créé une diaspora dont l'action fut décisive dans l'implantation et la structuration de la mafia albanaise. L'effondrement du communisme et le chaos politique qui s'est ensuivi ont ensuite joué le rôle d'accélérateur pour son développement international. La touche finale survînt avec la « libération » du Kosovo de la domination serbe. Après « la guerre des 78 jours », la mafia albanaise est simplement entrée au Kosovo sur les talons de l'OTAN.

Au Kosovo, un calme relatif et apparent ne doit pas tromper : en réalité, 15 clans se partagent le pays.

En Albanie, la mafia met durablement en danger la stabilité politique et économique du pays. Et le diagnostic est unanime. Qui le dit ? L'Union européenne (2003) : « La criminalité organisée constitue toujours un très grave problème en Albanie. On estime qu'elle est capable de pénétrer les centres de pouvoir du pays, que ce soit au niveau politique ou au niveau économique. Cette situa­tion menace les perspectives d'une mise en ordre satisfaisante de l'État de droit et, en définitive, les chances de l'Albanie de jouir d'un développement à la fois sain et durable, et d'adhérer un jour à l'UE30. » L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (2004) : « L'impunité et la liberté d'action dont jouit la criminalité organisée - qui profite d'une administration défaillante et de l'inef­ficacité du système judiciaire - constituent une menace non seule­ment pour l'ordre public mais aussi pour les perspectives écono­miques et la stabilité politique du pays31. » Mais aussi le chef de la police de Tirana, Pjerin Ndreu (2003) : « Le crime organisé [...] est en train de devenir un danger potentiel pour la démocratie et les structures de l'État encore trop fragiles en Albanie. Des responsa­bles de la politique, des hauts fonctionnaires de l'État et de la jus­tice ont ouvertement soutenu ces trafiquants [de drogue] et ont facilité le blanchiment de l'argent provenant du crime, ce qui cons­titue une menace considérable pour l'existence d'une véritable éco­nomie nationale. Il n'est pas non plus exclu que ces trafiquants, une fois leur argent blanchi, blanchissent ensuite leurs noms et se lancent dans la politique » ; et d'accuser l'État « de fermer les yeux face au monde criminel32 ». Ou encore le ministre albanais de l'Intérieur, Igli Toska, dans des termes très clairs (2004) : « Le crime organisé en Albanie est un danger très présent. Après avoir blanchi leur argent, les trafiquants essayent maintenant de blan­chir leur réputation, en se lançant eux-mêmes dans la politique ou en achetant des médias. Une chose est sûre, des personnes impli­quées directement ou indirectement dans le monde du crime figu­reront sur les listes de députés aux prochaines législatives. Une telle situation rendra les choses encore plus dangereuses pour l'État. [...] L'infiltration du crime organisé dans la vie politique et les médias rend très difficile le travail de la justice33. » La démons­tration de cette collusion entre mafieux et politiciens albanais fut ainsi rapportée à l’été 2004 quand les députés, toutes tendances politiques confondues, se sont opposés à l’adoption de lois sur l’organisation d’unités spéciales de la police pour lutter contre le crime organisé.

Page 148 l'avènement de la République en Chine en 1911 doit beaucoup aux Triades

Le renversement de l'empereur de Chine par Sun Yat-sen et l'avènement de la République en 1911 doivent beaucoup aux Triades. Les Triades ne se contentent pas de fournir de l'argent et des armes ; elles diffusent aussi les idées révolutionnaires auprès des paysans. Les Triades se chargent par ailleurs des assassinats politiques et des intimidations. On peut même se demander si la chute de la dynastie impériale aurait pu avoir lieu sans l'aide des Triades. Le chef du premier gouvernement de la république de Chine, Sun Yat-sen, dirigeait la Triade des Trois Harmonies, l'une des plus puissantes du continent. Installées au cœur du pouvoir républicain, les Triades profitent de leur nouvelle impunité pour développer leurs activités criminelles. Les Triades prolifèrent alors, au point que Sun Yat-sen lui-même évaluait en 1911 leur nombre à 35 millions d'individus. Les Triades deviennent la garde prétorienne du nouveau régime, éliminent les contestataires et intimident la presse. Des membres des Triades sont promus dans les services secrets, l'armée, les sociétés d'État. En fait, la Chine républicaine se retrouve en partie gouvernée par les Triades. Les Triades deviennent d'ailleurs si puissantes qu'il est désormais nécessaire d'en faire partie pour obtenir une promotion au sein du régime républicain. En fait, le gouvernement républicain et les Triades sont devenus impossibles à distinguer.

Quand le parti communiste chinois tente un soulèvement de grande ampleur dans la concession française le 12 avril 192715, l'ordre revient vite. Les 5 000 membres de la Triade La Bande Verte de Du Yuesheng (« Mister Du »)16 et ceux de La Bande Rouge massa­crent les révolutionnaires. « Mister Du », dit « Dû-grandes oreilles », rend simplement service à des forces politiques locales qui tolèrent ses activités criminelles depuis déjà fort longtemps. Et surtout à son ami le président Chiang Kai-shek. À la fin de la journée, le bilan est lourd : 700 syndicalistes ont été tués. La répression se poursuit jusqu'en août : environ 5 000 opposants en tous genres (commu­nistes, etc.) ont été éliminés par La Bande Verte et la police. « Mister Du » et les Triades sont considérés par le monde des affaires de la concession comme des sauveurs. La concession était sous adminis­tration internationale et donc hors du contrôle théorique de Chiang Kai-shek, président d'une Chine nationaliste (KMT) installée à Nankin. De fait, « Mister Du » s'était vu « concéder » le maintien de l'ordre. « Mister Du » n'est pas un criminel ordinaire. Depuis long­temps, il pratique à grande échelle la piraterie, le racket et surtout le trafic de stupéfiants (opium, héroïne) grâce à la complicité d'élé­ments corrompus du Guomindang (KMT). Il est vrai que le général Chiang Kai-shek, chef de l'armée du Guomindang, et « Mister Du » ont noué des liens solides : ils sont initiés dans la même Triade (La Bande Verte), et le général a épousé en secondes noces une ancienne prostituée issue du sérail de « Mister Du17 ». Le général Chiang Kai-shek restera longtemps l'obligé de « Mister Du » à qui il reverse une partie de ses gains. En 1937, Dai Li, chef de la police secrète du KMT, parvient même à s'appuyer sur « Mister Du » pour développer les forces paramilitaires - notamment les « Chemises bleues », une association de type fasciste, fanatiquement loyale à Chiang Kai-shek.

Dans les années 193018, Shanghai est un paradis pour les opé­rations des services de renseignement se disputant la ville (japonais, chinois, etc.) et pour les trafics en tous genres des organisations cri­minelles. Les forces d'occupation japonaises et le gouvernement nationaliste (KMT) utilisent les gangsters locaux dans leur guerre clandestine : en retour, ces derniers se voient accorder une tolé­rance pour leur trafic d'opium et l'exploitation du jeu.

Quant aux représentants de la concession française de Shan­ghai, leur degré de corruption ne pouvait que les rendre souples. Huang Jingrong, dit « le vérole », chef de la Triade La Bande Rouge, domine le milieu criminel de la concession française. Cependant, il est aussi le chef des inspecteurs chinois de la police française de la concession ; et il est nommé conseiller principal du gouvernement nationaliste. Huang « le vérole » et « Mister Du » protègent le monde des affaires dont ils font eux-mêmes partie. « Mister Du » devient tout simplement un notable aux multiples titres et fonctions : fondateur de sa propre banque (The Chung Wai Bank), directeur de la Bourse des valeurs de Shanghai, conseiller municipal, responsable de « l'Association générale des commer­çants », membre honoraire de la police de Shanghai, de la Croix-Rouge chinoise, président de la ligue contre l'opium (!), etc. Il est en fait le vrai maître de la ville. Pour récompense de sa collabora­tion avec les nationalistes, « Mister Du » est nommé général de division dans l'armée du Guomindang et peut ainsi développer en toute impunité son trafic de drogue et de prostitution dans la Chine de Tchang Kaï-chek. Avec les années, les Triades deviennent le fer de lance du Guomindang et du gouvernement.

En 1937, « Mister Du » se réfugie à Hong Kong où il poursuit ses activités clandestines au profit de Chiang Kai-shek, financées en partie par le trafic de drogue mis sur pied avec Dai Li (Gangji Company)™. « Mister Du » meurt à Hong Kong en 1951. L'année suivante, sa dépouille est emmenée à Taiwan, et, afin d'exprimer leur gratitude à l'homme qui avait soutenu fidèlement le combat politique de Chiang Kai-shek, les autorités de l'île érigent en l'hon­neur du Parrain de Shanghai une statue dans le village de Xizhi, près de Taipei. Une inscription rend hommage à sa « loyauté » et à son « intégrité personnelle ». C'est un héros national.

Au milieu des années 1940, la menace communiste du Nord représentée par les partisans de Mao Zedong se précise. Chiang Kai-shek est contraint de reculer au sud et de lever un nombre croissant de soldats parmi les Triades ou de les initier en urgence à leurs règles d'obéissance. En 1949, vaincus, nationalistes du KMT et membres des Triades fuient à l'étranger20.

Page 150 LES GUERRES DE L’OPIUM AU XIXe SIÈCLE

Les colonisateurs britanniques, en guerre contre les empe­reurs de Chine pour l'ouverture du marché chinois à l'opium venant d'Inde, comprennent tout l'intérêt qu'il y aurait à coopérer avec les Triades. William Stanton21 rappelle ainsi comment les Bri­tanniques utilisent les Triades lors des deux « guerres de l'opium » du milieu du xixe siècle. Britanniques et Triades ont désormais un ennemi commun : la dynastie mandchoue. Lors de la première guerre de l'opium, en 1841, les Triades de Singapour offrent leurs services. Lors de la seconde guerre de l'opium, les Triades propo­sent à nouveau leur aide. Les Britanniques créent même en 1857, à Hong Kong, une force spéciale destinée à la prise de Canton : le Bamboo Corps composé de 800 coolies chinois principalement issus de l'ethnie Hakka et, pour nombre d'entre eux, membres des Triades. Au cours des combats, ils se distinguent par leur loyauté et leur bravoure.

163 MAO ZEDONG ET L'ARRIVÉE DES COMMUNISTES (1949)

La prise du pouvoir en 1949 par Mao Zedong et le parti com­muniste provoque le départ de plusieurs centaines de milliers de partisans du Guomindang et donc des Triades, majoritairement compromises avec les nationalistes. Les premiers fuyards sont bien évidemment les chefs des Triades qui, forts de leurs relations et de leur fortune, émigrent en priorité. Ils s'installent à Formose (Taiwan) aux côtés de Chang Kai-shek, à Hong Kong (colonie bri­tannique) - dont « Mister Du » chef de La Bande Verte -, à Macao (colonie portugaise), en Malaisie, en Birmanie, d'autres en Amé­rique du Nord, à San Francisco et New York (États-Unis), et dans le Commonwealth : à Vancouver (Canada), en Australie, Afrique du Sud et Grande-Bretagne. À Hong Kong élisent domicile la 14 K et la Wo Hop To. Les Triades ne sont pas en terrain inconnu à Hong Kong. Elles y étaient déjà représentées depuis le siècle pré­cédent malgré une loi anti-Triade édictée par les Britanniques en 1845. En Birmanie, un Guomindang criminalisé et triadisé se livre au trafic de drogue avec l'aide de la CIA au nom de la lutte contre le communisme. Au même moment débute la guerre de Corée (1951) : les fuyards constituent un allié fort utile. On notera que plus ou moins volontairement la politique du général MacArthur en Asie du Sud-Est après 1945 a conduit à la renaissance des yakuza au Japon et à la formation d'une armée criminalisée dans le Triangle d'or (Birmanie, Thaïlande, Laos). Le trafic de l'opium est alors dans cette région la seule source de revenus pour déve­lopper une guérilla. Puis, en 1961, les communistes chinois enva­hissent la Birmanie pour traquer les opposants nationalistes. Les derniers « soldats criminalisés » du Guomindang fuient donc à nouveau, en Thaïlande et à Formose.

 

192 DES « AMIS » AU CONGRÈS : LIBONATI, TRAFICANT, TORRICELLI

Cosa Nostra américaine a toujours eu ses « amis » élus au Congrès des États-Unis, ses députés et ses sénateurs compréhensifs, aptes à défendre ses intérêts. Généralement pittoresques, usant d'un style flamboyant, ces élus n'hésitent pas, au nom du respect des libertés publiques ou de la défense des minorités, à bloquer les initiatives fédérales les plus gênantes pour Cosa Nostra ou à pousser les projets les plus profitables à la Mafia.

Un des premiers de cette lignée fut probablement Richard Libonati. Après une longue carrière de politicien local en cheville avec Cosa Nostra au cours de laquelle il n'hésite pas à s'afficher en public avec Al Capone, Libonati parvient à se faire élire au Capitole en 1957 et à intégrer la Commission judiciaire de la Chambre des représentants. Là, avec une opiniâtreté peu commune, il s'ingénie à bloquer les projets fédéraux de légalisation des techni­ques de surveillance électronique, et ce à la grande fureur du ministre de la Justice de l'époque, Robert Kennedy.

James Traficant7' semble être son digne successeur. Il est vrai que sa quasi-homonymie avec deux Boss célèbres de Cosa Nostra, Santo Trafficante père et fils, plaiderait plutôt en sa défaveur. Ce politicien, lui aussi haut en couleur, connu pour son franc-parler, son mauvais goût vestimentaire, sa coiffure à la Elvis Presley et son inclination pour les thèses conspirationnistes, chute en juillet 2002 après 18 années d'élu au Congrès comme représentant Républicain de l'Ohio. Il en est chassé lors d'un vote quasi una­nime de ses pairs (420 voix contre 1). La Commission d'éthique parlementaire l'a reconnu coupable de 9 violations aux règles de l'éthique. Parallèlement, la justice le condamne à huit ans de prison pour dix infractions dont vol, racket, corruption et fraude fiscale. La décision fait date puisque James Traficant est le deuxième membre du Congrès renvoyé depuis la guerre de Séces­sion et le cinquième de toute l'histoire du pays. On ne saisit la vraie dimension de l'étrange parlementaire qu'en remontant quel­ques années en arrière. James Traficant commence à défrayer la chronique dès les années 1980 lorsqu'il est le shérif de Youngs-flawn. ville du comté de Mahoning (Ohio). Youngstown est une ville alors en proie au crime et à des règlements de comptes entre la Famille de Cleveland dirigée par Charles « Charlie The Crab » Carabbia et la Famille de Pittsburgh dirigée par James Prato et Joseph Naples72. Ces deux Familles de Cosa Nostra se par­tagent et se disputent en effet le contrôle des activités criminelles de la Mahoning Valley située entre Cleveland et Pittsburgh. C'est dans ce contexte incertain que débute la campagne (septembre 1979} pour l'élection du nouveau shérif du comté. Les deux Familles en concurrence sont d'accord sur un point : le futur shérif doit être acheté. James Traficant décide d'accepter des dons en liquide, non déclarés, d'abord de « Charlie The Crab » Carabbia puis de James Prato. Méfiant et convaincu que James Traficant est déjà dans les mains de la Famille de Pittsburgh, « Charlie The Crab » enregistre secrètement les conversations au cours des­quelles il corrompt le futur shérif. En 1983, le FBI saisit deux des cassettes. Poursuivi pour racket (loi RICO) et fraude fiscale, James Traficant commence par nier les faits : il n'a jamais rencontré les Carabbia, Prato et Naples, et n'a jamais reçu d'argent liquide de leur part. Puis, face aux évidences {les cassettes), il accepte de coo­pérer : il admet les versements provenant des deux Familles des­tinés à lui faire fermer les yeux sur leurs activités criminelles. Au procès, il revient sur ses aveux, se défend seul en expliquant qu'il menait en réalité une opération d'infiltration de la Mafia, et obtient sa relaxe (1983). Entre-temps, « Charlie The Crab » dispa­raît : on ne retrouvera que sa voiture, vide, au bord de la route. Et, pendant une dizaine d'années, la Famille de Cleveland ne va cesser de décliner, et celle de Pittsburgh de prospérer. Ce procès retentis­sant ne semble pas nuire à la popularité de James Traficant, bien au contraire, puisque, dès l'année suivante (1984), il se fait élire pour la première fois au Congrès. Il se distingue par un bagout ravageur et des prises de position surprenantes. Au moment où le Congrès s'inquiète du volume des prises de participation étran­gères dans l'économie américaine, James Traficant attire l'atten­tion de ses confrères sur les rachats d'hôtels par les Japonais et les Européens à Las Vegas (1988)! Plus étrange encore, en 1999, James Traficant est le grand propagandiste aux États-Unis de l'indépendance du Kosovo, de l'armement de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) et d'une intervention des troupes américaines dans les Balkans. En pleine conférence de Rambouillet (1998), le sénateur James Traficant se livre ainsi à une bruyante campagne publique en faveur de l'indépendance du Kosovo en Albanie même, à Tirana (février 1999). Il est accompagné d'un ex­représentant du New Jersey, Joseph Dioguardi, responsable de la Ligue civique albano-américaine, le lobby des Américains d'origine albanaise. Les deux hommes font circuler une pétition en faveur de l'indépendance et traitent les Serbes de « barbares ». Invités par le Premier ministre albanais Pandeli Majko en audience, James Traficant et Joseph Dioguardi n'hésitent pas à déclencher un esclandre. Ils quittent le bureau du chef du gouvernement en pleine rencontre et convoquent la presse pour faire état de leur « révolte ». Que lui reprochent-ils ? Sa modération ! Le Premier ministre Pandeli Majko refusait apparemment de se déclarer formellement en faveur de l'indépendance du Kosovo ! La presse locale se fait largement l'écho de cet activisme. Surtout lorsque le bouillant sénateur annonce son intention de déposer au Congrès un projet de loi en faveur de la reconnaissance du Kosovo.

Quant au sénateur Robert Torricelli, à l'été 2002, ses amitiés crapuleuses commencent à défrayer la chronique. Il apparaît alors que nombre des contributeurs à ses campagnes sont en forte « odeur de Mafia » et qu'il n'hésite pas à intimider des témoins encombrants. La Commission d'éthique du Sénat se contente pourtant d'une simple admonestation malgré l'épaisseur du dos­sier. Tel qu'il est décrit par la presse américaine, le fonds de sou­tien politique du sénateur en difficulté semble pourtant tout droit sorti d'un épisode des Sopranos. Par ailleurs, toujours aussi bien conseillé, le sénateur Robert Torricelli parvient par exemple en 1998 à gagner 220 000 dollars, suite à un investissement de départ modeste de 5 000 dollars dans une société de télécommunications, e. Volve Technology Group. L'action de la firme grimpe en effet lors de son rachat par une holding spécialisée dans lïnternet, dans laquelle on retrouve le maire de Las Vegas Oscar Goodman73. Le monde est petit. Le sénateur Robert Torricelli est avocat de profes­sion, comme son père, immigré de Sicile. La famille Torricelli est native du célèbre bourg de Corleone. Ce goût pour le droit explique probablement pourquoi le sénateur est si sourcilleux sur le respect des droits de l'homme et le contrôle des activités des agences fédérales. En 1995, alors membre de la très sensible Com­mission du Congrès sur le renseignement, Robert Torricelli est cri­tiqué pour avoir dénoncé à la presse certaines activités de la CIA au Guatemala apparemment contraires aux droits de l'homme. L'affaire a des conséquences puisqu'elle oblige la communauté américaine du renseignement à arrêter le recrutement d'informa­teurs impliqués dans des activités illégales. Le « principe Torri­celli », comme l'appelleront ses détracteurs, est abandonné après les attentats du 11 Septembre 2001. Robert Torricelli accuse même la CIA d'avoir comploté contre lui pour aider son adversaire républicain lors de la campagne de 1996. Plus étrange encore, le sénateur Robert Torricelli est l'initiateur du Cuban Democracy Act voté en 1992 qui vise à renforcer l'embargo contre Cuba. Cet acti­visme anticubain est-il le fruit du hasard ? On peut en douter quand on se souvient que la chute du dictateur Batista et l'arrivée de Castro (1959) firent perdre à Cosa Nostra ses casinos de La Havane et leurs gigantesques profits.

 

 

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Mis à jour (Mardi, 23 Mars 2010 17:48)

 
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